dimanche, février 26, 2006

Paris balade, Paris que j'aime

Je ne peux résister à l'envie de vous faire partager ma découverte du blog "Paris balade, Paris que j'aime" de Julie70. C'est un petit blog photo qui, au premier abord, ne paie pas de mine comparé à tant d'autres où les prises de vue sont impeccablement cadrées, contrastrées, colorées, etc. Mais ce qui diffère là, fondamentalement, c'est le regard porté sur les choses. Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression de voir une mécanique désossée.

En plus, il y a quelques commentaires et je peux vous assurer que cette dame sait ce qu'elle voit !


Two women meeting for a fleeting moment, by Julie70

mercredi, février 22, 2006

Zeitnot

Durant les deux semaines qui viennent, je n'aurai pas beaucoup de temps à consacrer à mon blog. Je vais participer à un tournoi d'échecs et il faut que je me prépare un peu de sorte à ne pas faire trop mauvaise figure : le niveau est plus relevé que je ne m'y attendais ! Je n'aurai certainement pas l'occasion d'affronter les meilleurs joueurs mais je pourrai regarder leurs parties si les miennes se terminent trop vite.

Un site intéressant pour ceux qui souhaitent améliorer leur compétence tactique est le Chess Tactics Server. Notez bien que le classement GLICKO qui vous sera attribué n'est pas le classement ELO ! Cette formule empirique de conversion devrait fournir une estimation de votre ELO à 100 points près :

ELO = 15 * (GLICKO ^ 0.65)
ELO = (1.25 * GLICKO) - 25

Une fois votre ELO calculé, vous pourrez comparer votre niveau au petit tableau ci-dessous :

> 1200 : Débutant
> 1400 : Joueur amateur
> 1600 : Joueur de club (moyenne nationale)
> 1800 : Bon joueur de club
> 2000 : Niveau national
> 2200 : Maître national


Ma formule est sans doute imprécise. Ne vous lamentez pas trop du résultat obtenu !

La décision importante du jour : David, je ne le remplirai pas, ton questionnaire cucul ! D'ailleurs, Miss Lulu elle pense pareil que moi et pourtant elle habite à l'autre bout du monde !

Magnétisme des sentiments

M'étant réveillé ce matin de toute autre humeur qu'hier, c'est avec hilarité que je constate la proximité de ces deux phrases dans mon article précédent :

« Depuis quelques années, on ne peut pas dire que je sois très heureux. »

« Au fait, les croyances remodèlent aussi les souvenirs. »

La première n'illustre-t-elle pas le phénomène décrit par la seconde ? N'est-ce pas la preuve même de ce que j'avançais ? J'ai l'intuition que ce qui façonne le monde, c'est avant tout les émotions. Autour d'elles, autour des sentiments se conglomèrent les croyances de la même manière que les lignes de limaille s'organisent autour de l'aimant. Telle émotion active presque physiquement - il serait sans doute plus juste de dire chimiquement - telles croyances et voilà que toute la bobine des idées associées se dévide et construit sur l'instant le filtre à travers lequel passé, futur et présent apparaissent à nos yeux. C'est peut-être ce qu'entendent les bouddhistes lorsqu'ils parlent de "voiles émotionnels".

Le même homme, à une heure enthousiaste, la tête pleine de projets d'avenir, verra le fil lumineux de sa vie se tracer à travers une série de rencontres et de coïncidences surprenantes, pour lui riches de signification, qui l'ont amené au jour béni d'aujourd'hui ; le lendemain, perdu dans l'univers instable, il contemplera du haut de la décharge de ses désillusions la poussière de ses pas sur le chemin jalonné de ratages qui l'a conduit là, au milieu de nulle part.

lundi, février 20, 2006

La forêt obscure

Je dois m'avouer que je rechigne à rédiger les articles que je m'étais proposés d’écrire et je me fais souvent l'impression d'une mule refusant de traîner sa charrette. Je ne dois pas avoir atteint le quart de l'objectif que je m'étais donné. La plupart du temps, comme aujourd'hui, je m'arrête sur le bord du chemin et je broute bleuets et coquelicots. Si je dois m'appesantir sur les raisons pour lesquelles je fais preuve d'autant de mauvaise volonté, c'est que mon but me paraît douteux et j'éprouve de la culpabilité à le remplir. Or ce sentiment découle seulement de la trop grande importance que je prête à mes propos et à leur éventuel impact.

Depuis quelques années, on ne peut pas dire que je sois très heureux. Le monde s'est effondré autour de moi et cette chose que j'avais ardemment souhaité s'avère être une malédiction. Tout ce qui était réel, beau, vrai, juste me paraît aujourd'hui un décor de carton pâte. Il en est peut-être de même du décorateur de théâtre qui ne peut plus jouir de la même illusion que le spectateur. La vie humaine est pour moi une mascarade tragique et insensée et tout en sachant qu'il ne s'agit que d'un point de vue, je ne suis pas capable de le modifier. L'unique et pénible solution me semble être d'attendre avec patience la fin de tout cela, la terrifiante - oui, disons le franchement : terrifiante - mort. Heureux Shakespeare qui parvenait à écrire des comédies !

Comment en suis-je arrivé à ce cul-de-sac ? Il serait de mauvaise foi d'affirmer que je ne l'ai pas intensément voulu. J'étais un idéaliste. Peut-être le suis-je encore ; il est difficile de se refaire. Ma jeunesse tendait surtout vers l'idéal mais à travers les ustensiles que fourguent les camelots aux coins des rues : l'amour, le bien-être, la reconnaissance d'autrui, la noblesse des sentiments, la liberté, l'égalité, la fraternité, etc. Force m'a été de reconnaître que ces bidules de foire ne s'utilisaient pas ; ou tout du moins pas de la manière indiquée dans le mode d'emploi. J'ai donc essayé d'en retrouver le bon usage par moi-même.

J'ai voulu écarter les croyances qui obstruaient évidemment mon chemin. Peine perdue ! Tous les systèmes d'intelligence qui fonctionnent sur la base d'un réseau neuronal n'ont pas d'autre but que de les fabriquer. Les fleurs éclosent au printemps ? C'est une croyance. Regardez les chrysanthèmes. Au fait, les croyances remodèlent aussi les souvenirs. Il est faux de penser que ceux-ci sont enregistrés comme une bande magnétique. Deux vieux qui se rappellent leur jeunesse ne seront jamais d'accord. Leur passé a évolué différemment. Enfin les croyances construisent non seulement l'univers dont nous nous souvenons mais celui que nous voyons ; et une guerre de religion a une portée bien autre qu'une simple lutte d'idées : c'est un orage magnétique entre deux univers. C'est une guerre des mondes.

Ainsi comme le poète, « nel mezzo del cammin di nostra vita mi ritrovai per una selva oscura, ché la diritta via era smarrita », me retrouvant au mitan de ma vie au coeur d'une sylve obscure, la voie droite étant perdue, j'éprouve quelque réticence à égarer mon lecteur avec moi.

Illustration : Gustave Doré, l'Enfer de Dante, chant I

vendredi, février 17, 2006

Muses en quête d'auteur

Ecrire permet de se rend compte d'un phénomène singulier que je vais m'efforcer d'exposer ici. Il s'agit de la confusion entre l'auteur, le narrateur, éventuellement ses personnages, et son style.

Je me rappelle avoir parcouru un blog romancé où étaient racontés les déboires ménagers d'une jeune femme nommée Tulipe. L'auteur recevait tels et tels commentaires sur les péripéties de son héroïne : "Moi aussi, j'ai le même problème que vous avec mes deux enfants". Elle avait beau répondre : "Mais je n'ai pas d'enfants, c'est un roman !" les mêmes remarques se perpétuaient d'un jour sur l'autre. C'est un cas assez exceptionnel dans le sens où le personnage principal menait une vie différente de celle sa créatrice.

La confusion entre auteur et narrateur est beaucoup plus courante. Le premier exemple qui me vient à l'esprit est celui où il utilise l'ironie pour exprimer son point de vue. Il emprunte temporairement la peau d'un autre lui-même, avec qui il est en désaccord, pour ridiculiser une certaine façon de voir les choses. Il se trouvera toujours un lecteur inattentif, pas familiarisé avec les vues habituelles du prosateur, pour croire qu'il dit réellement ce qu'il pense et s'élever d'autant plus violemment contre ces idées qu'elles sont grotesques. Mais certes, bien d'autres possibilités existent pour ce type d'amalgame.

Assez proche de cette confusion est celle qui assimile l'auteur à son style. Celui qui écrit s'aperçoit bien qu'il effectue un tri plus ou moins volontaire dans les idées, les sentiments qu'il choisit d'exprimer et la manière de les exposer. Il se rend compte que ces sélections - ou ces tics - donnent l'impression d'une personnalité autre que la sienne, d'un masque qu'il endosse dans la vie de tous les jours quoique fugitivement. Il se peut aussi qu'il écrive seulement lorsqu'il se sente en verve, plein d'humour ou au contraire d'humeur massacrante. Le lecteur ne voit à travers le style qu'une facette de sa personnalité. Pour lui, l'auteur n'existe pas autrement que de la manière dont il se présente.

Toutefois, la confusion la plus curieuse est celle de l'auteur avec ce que j'appellerai, faute de mieux, son inspiration. Il nous est arrivé à tous, je suppose, de relire un texte, un poème, une lettre d'amour rédigée il y a longtemps, depuis longtemps oubliée et de s'étonner : "C'est moi qui ai écrit ça ?" Aucune des métaphores, aucune des tournures, aucune des idées ne nous est familière. Il semble que réellement quelqu'un d'autre ce jour-là ait emprunté la plume. Les Romains, les Grecs distinguaient clairement l'auteur de sa Muse. Mais de nos jours, l'auteur ingrat préfère penser que lui seul a posé les mots sur le papier...

Illustration : Gustave Moreau, Hésiode et sa Muse

mercredi, février 15, 2006

La paralysie du sommeil

Le cauchemar, de Johann Heinrich Füssli

La paralysie du sommeil est un trouble très commun et pourtant étonnamment peu connu. Très commun : une personne sur cinq l'a éprouvé au moins une fois au cours de sa vie. Peu connu : si vous en parlez à un médecin généraliste ou même à un psychiatre, il y a de bonnes chances qu'il se mette à vous regarder avec un intérêt soudain et dérangeant.

En quoi consiste la paralysie du sommeil ? A l’assoupissement ou au réveil, le sujet s'aperçoit qu'il est incapable de bouger. Pourtant, il est parfaitement conscient ; il a bien l'impression d'être éveillé. Son état peut s’accompagner d'une crise de panique liée à l'idée d'une mort imminente ou l'impression de suffoquer. Pour beaucoup, l'expérience désagréable s'arrête au bout de quelques secondes.

Mais là où la chose se complique, c'est quand le phénomène s'assortit d'hallucinations : la personne a l’intuition qu'une présence plus ou moins maléfique guette dans sa chambre. Elle entend une porte claquer, des bruits de pas furtifs, une respiration rauque près de son oreille. Quelqu'un est juché sur sa poitrine - comme dans le tableau de Füssli - et cherche à l'étrangler. On estime qu'un pour cent de la population souffre d'hallucinations sévères où l'agresseur est distingué. Des attaques sexuelles ont plusieurs fois été signalées.

Ce trouble du sommeil a donné naissance à diverses légendes. Elles varient selon les cultures. Autrefois les incubes et les succubes, la "Cauque mare" - d'où dérive le terme cauchemar - ou bien la "Old Hag", démons, vieilles sorcières hideuses venaient s'accoupler avec les humains durant leur sommeil. Chez les Aztèques, des sorciers malintentionnés jetaient un sort aux braves gens pour piller leur garde-manger. Au Japon, on connaît le kanashibari (1). De nos jours aux Etats-Unis, le phénomène a pris la forme science-fictionnesque des abductions extraterrestres. En France, ce fantasme est rarissime ; mais certains pensent encore être les victimes de fantômes ou d'esprits malins.

Qu'un phénomène si fréquent ne soit pas bien connu peut surprendre : c'est que les sujets des cas bénins et dispersés n'ont pas le besoin d'en parler ; et ceux à qui il s'impose avec plus de violence n'osent le faire de peur d'être pris pour des fous. Ce qui frappe surtout lors d'hallucinations fortes, c'est le réalisme de celles-ci, le fait qu'elles se produisent parfois les yeux ouverts. Il est alors difficile de croire à une personne sans expérience des fausses réalités, soit à travers l'usage d'hallucinogènes, soit plus sobrement par le rêve lucide, que des visions si concrètes n'aient pas une origine physique ou surnaturelle.

En fait, la paralysie est un phénomène normal lors du rêve : le corps s'immobilise durant la phase de sommeil paradoxal. Elle devient un trouble lorsqu’elle se manifeste hors de cette celle-ci. Si la paralysie du sommeil est un des symptômes de la narcolepsie, elle touche néanmoins un grand nombre de personnes qui n'en sont pas atteintes. Divers facteurs liés à l'âge, au stress, au rythme de sommeil peuvent la déclencher. Elle n'est pas considérée comme une maladie, s'estompe avec le temps et ne présente pas de danger.

(1) Ce terme signifie "être fermement ligoté" ou "immobilisé avec des liens d'acier".

Plus d'infos sur la paralysie du sommeil ?

On regrettera le peu d'informations en français sur la paralysie du sommeil.

La paralysie du sommeil.
Article de la Wikipédia sur la paralysie du sommeil.
Excellente initiative, le forum francophone sur
La paralysie du sommeil.
Le site le plus documenté (en anglais) :
Sleep paralysis and associated hypnagogic and hypnopompic experiences.

lundi, février 13, 2006

Blogia Americana

Je découvre ce commentaire sur le blog Lulu's Life in Cornland - or quel pressentiment étrange m'incite à interrompre, à peine entamé, le cours de mon propos ? Je regarde droit dans les yeux mon lecteur et vois l'effroi poindre déjà dans sa pupille dilatée ; son coeur s'emballe et sans qu'il s'en fut aperçu, une fine sueur perle le long de son échine refroidie : rassérène ton âme effarouchée, ami lecteur, le blog de Lulu est écrit en français !

Qu'étais sur le point de dire ? Oui, sur Lulu's life, on lit cette note récente :

« Ce qu’il me semble, c’est qu’au Canada on ne s’enfonce pas dans la déprime comme en France. A force de voir l’enthousiasme qui se dégage des blogues Canadiens par rapport aux français, j’aurais moi aussi envie de partir chez eux. »

C'est une remarque que je me suis faite - je parlais de l'enthousiasme, non pas vraiment de me geler les miches parmi les caribous ; quoique cette idée, à dire vrai, me soit plusieurs fois venue à l'esprit. Les blogs français - et de manière plus vaste des trois Gaules, l'aquitaine, la celtique et la belge - sont pauvres. Une fois écartés ceux rédigés en SMS ( "L m fé tro kifé 7 meuf mdr !" ) et ceux qui présentent des poèmes et des chats, on rencontre des blogs consacrés soit exclusivement à une activité spécialisée, le plus souvent un hobby répandu ( photographie, graphisme, informatique, littérature, cuisine, musique, oenologie, etc. ) soit à une réflexion ronchonne sur l'actualité télévisuelle ou bloguesque, soit enfin à l'introspection d'un coeur perdu versant une bile baudelairienne sur le mur gris d'une prison ordinaire.

Par contre, une étonnante quantité de blogs canadiens - et américains - me paraissent riches autant par leur contenu que par leur forme d'expression. Il semble que sur cette terre lointaine, le blog y pousse comme une fleur naturelle, épanouie, colorée, odoriférante alors qu'elle perd ici ses teintes et son parfum, pauvre fleur exotique que l'on cultive en serre. L'essentiel me semble être que, contrairement à nous, les américains ne se posent pas la question de savoir si ce qu'ils écrivent est intéressant : leur vie leur suffit.

J'en tiens pour exemple le Journal de bord d'une camionneuse dont voici la description :

« Je suis camionneuse. Le camion, c’est mon bureau, les routes de l’Amérique, mon territoire. Je travaille avec 5 millions de collègues qui sillonnent ces couloirs le jour, comme la nuit. Ma vie de tous les jours n’a rien d’ordinaire. Quand je me lève, je suis toujours ailleurs. Je me réveille dans une autre ville, un autre climat, un autre pays, un autre paysage. Je suis rarement au même endroit le matin, le midi, ou le soir. Il fait cinq degrés sous zéro le jour, le lendemain à la même heure, il en fait 20. La neige couvre le sol un matin, les cactus s’étirent au soleil le jour suivant. »

Il y a ici un bel article. Combien de routiers seraient-ils capables de voir et de décrire leur métier sous cet angle ?