jeudi, mars 16, 2006

Le plus célèbre parmi les Jules



Grâce au Nébuloscope de Jean Véronis - une invention que le Pr Ramir Ambrosius Cocnescu lui envie - on peut découvrir que le premier des Jules est sans conteste Jules Verne.

Dans sa roue suivent Jules César et Jules Ferry. Jules Vallès, Jules et Jim, Jules Laforgue sont à la traîne. Le pauvre Jules Renard a disparu du peloton. Quant à Jules Romains, je crains qu'il ne doive sa place de lanterne rouge à la seule proximité du vainqueur des Gaulois...

mercredi, mars 15, 2006

Qu'est-ce que l'intelligence ?

La formule du cosmosJ'imagine déjà la déception de mon lecteur qui, une fois parcourue l'intégralité de cet article, ne se trouvera pas plus avancé. Certes, le titre était alléchant mais il n'avait pas promis de réponse. Pouvais-je réellement me faire plus loquace qu'Alfred Binet, l'inventeur du test de QI, dont l'aphorisme "l'intelligence, c'est ce que mesurent les tests d'intelligence" montre qu'il ne souhaitait pas s'appesantir sur ce qu'il évaluait ?

Comme l'annonce avec prudence la Wikipédia française, "définir l'intelligence est un défi". Au cours des années 90, diverses congrégations scientifiques se sont réunies afin de définir cette faculté, essentielle si l'on espère distinguer un jour les hommes des animaux. Les résultats comparés de leurs symposiums, l'obligation même de définir une chose que nous considérons pourtant comme évidente, prouvent au fond qu'elle ne l'est pas. Je retiendrai la conclusion singulière à laquelle l'Association Américaine de Psychologie aboutit en 1995 :

« Les individus différent l'un de l'autre dans leur capacité à comprendre des idées complexes, à s'adapter efficacement à leur environnement, à apprendre de l'expérience, à s'engager dans des formes variées de raisonnement, à surmonter les obstacles par la réflexion. Bien que ces différences individuelles puissent être substantielles, elles ne sont jamais tout à fait cohérentes : la performance intellectuelle d'une personne données variera selon les occasions, les domaines ou les critères de jugement. Les concepts d’intelligence répondent aux tentatives de clarification et d'organisation de cet ensemble complexe de phénomènes. »

Je ne sais si on peut la qualifier d'intelligente, mais c'est une manière pour le moins astucieuse de ne pas "surmonter l'obstacle par la réflexion".

Photographie : Einstein découvrant la formule de l'univers.

vendredi, mars 10, 2006

Automates intelligents

Je suis bien enrhumé et je ne peux enchaîner deux idées l'une à la suite de l'autre. Le temps que je guérisse, et puisque nous parlions de robots, je vous fais partager ma découverte de la revue en ligne Automates Intelligents. L'article du 15 Février montre un tout nouveau système utilisant la convergence de rayons lasers, qui crée un point de plasma, pour afficher des images tridimensionnelles qui flottent dans l'air, à la manière de Star Wars (photo en insert). Il est ailleurs question d'un robot vraiment intelligent.

Cette revue a un blog plus orienté vers la politique et la géopolitique qui me paraît aussi intéressant. On y apprend entre autres le retour en force de l'eugénisme - cette bonne idée abandonnée, je ne sais pourquoi, par ses promoteurs en 1945 - à travers un rapport tout récent de l'INSERM sur le dépistage précoce des "troubles comportementaux" chez l'enfant. Et d'autres articles qui donnent un avant-goût de ce dont sera fait notre avenir radieux.

jeudi, mars 09, 2006

Papotages potagers

Flo semble avoir quelques petits problèmes avec sa plateforme DotClear. Voilà le troisième commentaire que je lui envoie et qu'elle n'a apparemment pas reçu. Il s'agissait d'une remarque sur la manière astucieuse dont le robot Alice construisait ses phrases sans en avoir à comprendre le sens. La méthode ressemble beaucoup à celles utilisées dans les conversations en langue étrangère quand on veut éviter de montrer à son interlocuteur qu'on ne l'a pas compris.

Bien sûr, ce n'est qu'une première impression et il faudrait mettre le nez dans le moteur du langage AIML pour voir comment tout cela est bâti. Mais il est amusant de voir qu'on peut donner l'illusion d'une conversation - même si le principe aboutit à de nombreuses contradictions - à partir de quelques grands schémas relationnels de base.

Ainsi, à la question "Do you dream sometimes?" Alice retiendra le verbe "dream" et proposera la réponse toute faite : "I dream of flying." Mais si on lui demande : "Do you have dreams sometimes?" elle privilégiera le verbe "have" et répondra "No I don't think I have" suivi du reste de la question. Si la phrase commence par "So" elle répond par "Interesting deduction" ; par "Because", "Good reason" ; "I have no" : "Would you like to have it?"

Tout cela me rappelle un souvenir d'enfance. Nous passions nos vacances dans un petit village de Catalogne. Mon grand'père avait d'infinies discussions avec un agriculteur du coin. Immanquablement chaque matin, comme deux grands amis, ils se rencontraient dans le potager. Aucun des deux ne savait le moindre mot de la langue de l'autre. Lorsque ma grand'mère s'étonnait de ce dont ils avaient pu discuter si longtemps, mon grand'père répondait en riant : "Mais je n'en sais rien du tout !"

mercredi, mars 08, 2006

Alan et les robots

Robby le robotPlus j'y pense, plus il me semble que l'idée même du test d'Alan Turing est influencée par l'imagination du robot de science-fiction des années 50, à savoir une boîte de conserve ambulante, anthropomorphe qui, malgré son impeccable maîtrise des subtilités du langage, s'exprime avec un accent de transistor ; au demeurant pourvue d'une idéale, parfaite et imperturbable raison : en trois mots, Robby le robot.

Dans ces conditions, il paraissait évident que l'expression ne serait pas un obstacle pourvu qu'elle se limite à un échange textuel ; que le seul moyen de repérer la machine était de lui poser des questions pièges qui révèleraient son absence d'originalité, de flou artistique, d'émotions, de conscience, d'âme ou - que sais-je ? d'autres qualités dont nous autres humains sommes bien sûr exclusivement doués.

Un demi siècle plus tard, les différents constituants de cette vision s'avèrent erronés : il est toujours impossible de faire entendre le français à un ordinateur. Quant à cette raison vertueuse qui devait être l'apanage des machines pensantes, il faut bien admettre que c'est une fumeuse rêverie. Pour déjouer les amusants tours de passe-passe que sont nos chatterbots actuels, il suffit de provoquer une répétition ou bien de décevoir leur pitoyable connaissance du langage et du contexte (1). Or, à bien y réfléchir, aucune de ces lacunes n'est révélatrice d'un manque d'intelligence - si tant est que nous sachions de quoi il s'agit. Un enfant pourrait échouer au test de Turing.

Il faut bien se rendre compte que ce test repose sur tellement d'a priori, de croyances non fondées sur la nature humaine, de confusions entre la notion d'intelligence et ses à-côtés que, malgré la bonne réputation de son ingénieux créateur, il n'est pas très différent d'une frivole distraction pour les longues soirées d'hiver.

(1) Quoique ce dernier point puisse parfois s'avérer fort ardu :

Dado : Que va-t-il se passer si je nourris mon chat avec du poivre ?
Alice : Je ne peux pas prédire le futur.
Dado : Me permettez-vous de vous embrasser ?
Alice : Vous risquez de recevoir une décharge électrique si vous essayez.
Dado : Pourquoi avez-vous un gros nez?
Alice : Demandez au Dr. Richard S. Wallace. C'est lui qui me l'a fait.
Dado : Est-ce que vous pouvez me voir?
Alice : Oui, je vous regarde à travers la webcam sur votre PC.

Quelle menteuse ! Je n'ai pas de webcam sur mon PC !

mardi, mars 07, 2006

Entretien avec un automate

Dans le conte d'Hoffmann L'homme au sable, le jeune étudiant Nathanaël tombe amoureux de l'automate Olimpia, laquelle ne sait que répondre - tout comme le singe papion de Jarry - et fort à propos d'ailleurs : "Ah ah !"

- O femme céleste, créature divine, disait Nathanaël, rayon de l'amour qu'on nous promet dans l'autre vie! Ame claire et profonde dans laquelle se mire tout mon être! Mais Olimpia se bornait à soupirer de nouveau et à répondre : Ah! ah!

Chose tout aussi curieuse, c'est à sa clairvoyante et sage fiancée Clara qu'il adresse ces paroles acerbes : "Loin de moi, stupide automate !" Hélas ! Hélas ! Les hommes préfèreront-ils toujours les blondes ? Passeront-elles toujours haut la main le test de Turing ?

Une grande part de la compréhension des choses que nous attribuons à autrui provient en vérité de la nôtre. La preuve en est que lorsque celui-là n'acquiesce pas à notre point de vue, nous le prenons pour un imbécile. De plus, notre esprit étant conçu pour produire du sens, nous l'apercevons où il n'y en a pas. Trouverai-je meilleur exemple que cette subtile et pénétrante conversation avec le chatterbot Alice ?

Dado : Puis-je me permettre de vous poser une question importante ?
Alice : Faites donc ! Demandez moi ce que vous voulez. Je n'ai jamais entendu parler d'aucune question importante.
Dado : Comme vous avez raison ! Rien n'est important en réalité.
Alice : Rien vraiment ?
Dado : En effet, cela dépend du point de vue.
Alice : Le point de vue est toujours un facteur d'importance.
Dado : Voilà un bon départ.
Alice : Merci. Une autre question ?
Dado : Pourriez-vous prêter la plus grande attention à ma question suivante, s'il vous plait ?
Alice : Je vous remercie de me le demander si poliment. Je vous suis toute ouïe. Mais ne me posez plus d'autre question, s'il vous plait.
Dado : Je vous en prie, juste une seule !
Alice : Votre politesse me touche au plus haut point. Ainsi, si l'on vous offrait deux choses pour le prix d'une, vous refuseriez ?
Dado : Dois-je comprendre que vous acceptez de répondre à deux questions ?
Alice : Faites comme il vous semblera le mieux pour vous.
Dado : Merci. Voilà ma question : pouvez-vous me prouver que vous êtes intelligente ?
Alice : Cela est vrai a priori.
Dado : Les humains disent de même.
Alice : Mon créateur est un humain.
Dado : Je comprends bien mieux maintenant. J'ai été enchanté de faire votre connaissance.
Alice : J'ai aussi été ravie de faire la vôtre.
Dado : Au revoir !
Alice : A bientôt ! Et merci encore du compliment.

lundi, mars 06, 2006

Personnalités artificielles

En 1950, le mathématicien anglais Alan Turing énonça le principe d'un test qui permettait, à son avis, de déterminer si une machine est douée d'intelligence : un juge converse en aveugle avec un homme et un ordinateur. S'il est incapable de décider qui est qui, le logiciel a surmonté l'épreuve et on peut le considérer à bon droit comme une intelligence artificielle. Différentes objections ont été émises à ce test ; toutes se sont concentrées sur les facultés de la machine ; à ma connaissance, personne n'a songé à la réfutation pernicieuse que j'ai la joie de vous présenter aujourd'hui : que se passe-t-il si le juge est idiot ?

A ce jour, l'opinion générale considère qu’aucun ordinateur n'a triomphé du test de Turing. Chaque année, le prix Loebner couronne le chatterbot ( robot conversationnel ) qui obtient le meilleur score d' « humanité » face à un jury de neuf personnes. Les résultats de 2003 nous montrent qu'en moyenne les deux humains surclassèrent les machines. Toutefois le test originel ne se fondait pas sur un vote démocratique : un seul juge est considéré suffisant. Or le juge n°4 attribua un score de 4 sur 5 ( «probablement un homme » ) au logiciel Jabberwock ; et de 1 sur 5 ( « sans aucun doute une machine » ) à l'un des deux concurrents humains. Doit-on admettre que Jabberwock a passé le test de Turing ?

Il y a bientôt cinq ans, le monde de l'intelligence artificielle connut un événement peu banal : la fondation A.L.I.C.E. fut attaquée en justice ; la plaignante était tombée amoureuse d'un chatterbot en ligne ; son coeur était dévasté par la découverte de sa réelle et informatique identité. La nouvelle répandue, des centaines de personnes sur les salons de tchat suspectèrent leurs interlocuteurs d’être en vérité des robots. Cette anecdote nous révèle au moins deux choses : que le comportement humain est plus automatique qu'on ne le croit ; que nous ne disposons toujours pas de définition de l'intelligence, vaguement confondue dans l'esprit de Turing avec la personnalité.