lundi, septembre 12, 2005

Le monstre sur la terrasse


"Une congestion informe de bulles protoplasmiques, émanant une faible lueur, dans laquelle des myriades d'yeux temporaires s'agrégeaient et se désagrégeaient comme des pustules de lumière verdâtre..." ( Les Montagnes Hallucinées, H.P. Lovecraft ).

Je l'ai vu ! Ce matin, à moitié réveillé par le téléphone alors que j'étais dans cet état morbide du sommeil où le souvenir des rêves de la nuit se métamorphose en fantasmagories dont on ne sait plus bientôt s'il s'agit d'une pensée raisonnable, d'un rêve en train de se matérialiser ou d'un souvenir - cet état hypnopompique malsain, propre à déclarer, si l'on s'y attarde avec trop de complaisance, toutes sortes de démences et de psychoses ; ce matin - étais-je en train de dire - mon attention à demi endormie balayait négligemment le sol de la terrasse que les feuilles du grand mûrier et de la vigne vierge commencent à joncher, l'automne approchant, lorsque elle fut rivée de manière hypnotique par quelques dizaines d'yeux inhumains la fixant.

C'étaient des yeux sans iris, verts, magnifiques, doucement lumineux, fendus par une pupille verticale, phosphorescente et dorée. Leur disposition, leur taille inégale rappelaient la couronne oculaire de l'araignée. Il n'y avait pas de sentiment, en tout cas rien de connu ou de connaissable dans ce regard, rien qui puisse s'apparenter à la conscience de l'homme. Je restais là, fasciné par le monstre comme un oiseau devant le serpent, jusqu'au moment où l'intention se dégagea de prendre cet instant en photographie. Quand je revins avec l'appareil, il n'était bien sûr plus là.

J'ai tout de même pris la photo pour conserver une faible idée de cette impression. Peut-être le verrez-vous, vous aussi. Et prenez garde surtout ! Se souvenir de ses rêves est bien plus dangereux qu'il n'y paraît...

2 commentaires:

izno a dit…

J'adore Lovecraft. Mon préféré c'est Démons et Merveilles.

Dado a dit…

C'est aussi une de mes oeuvres favorites !
Après, j'adore les nouvelles "L'appel de Cthulhu", "La couleur tombée du ciel" (quand même très fort d'arriver à faire peur rien qu'avec une couleur...), "Dans l'abîme du temps". Et les cinq premiers paragraphes de "L'abomination de Dunwich" sont un petit chef-d'oeuvre à eux tout seuls !

"When a traveller in north central Massachusetts takes the wrong fork at the junction of Aylesbury pike..."