dimanche, mars 19, 2006

La carte intérieure

J'ai un excellent sens de l'orientation... sauf quand je me perds ! Par chance, cette situation ne m'est arrivée que deux fois et encore ai-je pu me retrouver très facilement. Ma dernière mésaventure date d'hier. Cela m'a permis de me rendre compte d'un phénomène cognitif assez déconcertant.

Mon frère et moi sommes allés nous promener dans la forêt de Bouconne. Après avoir encore cherché en vain le fameux vieux chêne, en désespoir de cause, j'ai souhaité lui montrer un val encaissé où de petits ponts en bois enjambent un ruisseau. Pour cela, il fallait rejoindre la lisière Nord-Ouest de la forêt et nous avons emprunté une des sentes qui se dirigeait, à mon sens, dans cette direction. Plus loin le chemin a incliné sensiblement vers la gauche. Nous parvenons sur une hauteur ; à travers les futaies se dessine un hameau au sommet d’une colline, ce qui me conforte dans l’idée que nous sommes à proximité de l'endroit. Mais ne trouvant pas non plus le ruisseau, nous décidons de revenir à la voiture par un autre chemin...

Dans mon esprit, je suis sur l'allée des palombières, parallèle à l'orée Nord-Ouest. Lorsque mon frère reconnaît les parages et m'annonce une pente, je suis un peu surpris : il n'y a pas de pente ici à mon souvenir ! Nous discutons tout en marchant du lieu où nous nous trouvons et il m'affirme que nous sommes à cent mètres à peine de la voiture. A cet instant, c'est comme si j'avais pris un coup de poing sur le nez : la tête me tourne, j'ai le vertige, je suis à proprement parler en état de choc. Je me figurais que nous étions deux kilomètres plus au Nord ! Je dois m'arrêter pour recouvrer mes repères. Ce n'est qu'au bout d'une trentaine de secondes que je commence à me représenter les lieux. En effet, nous sommes juste sur la colline qui surplombe le parking...

Je ne peux que m'étonner de l'intensité du choc psychologique et de la panique qui ont succédé à cette perte d'orientation. Pour vous en faire une idée, supposez que vous ouvrez, comme à l'accoutumée, la porte de votre cuisine et que vous y trouviez votre chambre à coucher. Vous vous précipitez vers la chambre ; à la place il y a la cuisine ! Je m'aperçois que lorsque je me balade, ce n'est pas tant sur le terrain réel que sur la carte que je m'en fais en imagination. Malheureusement ce jour là, ma carte intérieure était fausse.

6 commentaires:

kiki a dit…

Je m'aperçois que lorsque je me balade, ce n'est pas tant sur le terrain réel que sur la carte que je m'en fais en imagination.

Ca, c'est un mode de pensée masculin : les hommes ont un plan dans la tête, et les femmes prennent des repères visuels ( là, il y a une boulangerie, après, une maison avec des volets verts...). Enfin, c'est ce que révèlent les tests, c'est juste des statistiques !
mais c'est terriblement flippant quand on s'aperçoit qu'on est trompé par ses sens et sa pensée rationnelle !
Il y a quelques années, je venais d'accoucher, j'étais dans un état de fatigue terrible... Je rentrais chez moi en prenant une grande artère que je monte et descends depuis 20 ans. Et tout d'un coup, pof ! je ne savais plus où j'étais, j'étais incapable de me souvenir comment rentrer chez moi. Là, j'ai pétoché ! Je me suis dit que j'avais un truc grave au cerveau, mort pas rigolote, enfants orphelins...
Ca n'a probablement pas duré plus de quelques secondes mais je l'ai évidemment vécu comme une éternité.. Mon médecin m'a expliqué qu'en fait, j'étais si fatiguée que mon cerveau s'est mis en mode " économie d'énergie", ne s'occupant que des fonctions essentielles, vitales et considérant qu'il était tout à fait accessoire de rentrer chez moi !
Ton rhume t'a beaucoup fatigué ? t'es stressé ? Tu parlais de trucs qui te tenaient particulièrement à coeur ? Quelque chose du style qui pourrait expliquer que tes repères aient sauté ? C'est intéressant de voir ce qui aurait pu fausser ton compas d'habitude efficace...

flo a dit…

ça me fait penser à la dernière fois que j'ai testé mon compas (je suis une fille avec un compas, wé !!!). J'étais avec Motard des Grottes en moto la nuit, en pleine banlieue, et lui n'a aucun compas. On n'avait pas de carte évidemment, et on se promenait. Je lui disais "tiens, on pourrait aller par là ça a l'air sympa, et puis par là...). Bref, on tournait, on tournait, et il me disait "t'es sûre que tu sais où on est ?". "Wé pas de problème, tant qu'on sait dans quelle direction est Paris, on pourra rentrer". Bref, à l'heure de rentrer, je lui dit "prends par là". A mon sens Paris était devant nous pile. Et c'est là qu'on se retrouve à la perpendiculaire d'une nationale, rien devant. A gauche ou à droite ? "Merde, on est où ?" En fait Paris était bien devant, mais la nationale tournait un peu plus loin à 90%, une branche devant, une branche derrière, et d'où on était on ne pouvait pas voir laquelle allait où.

Dado a dit…

>> Flo : ça me fait penser à la dernière fois que j'ai testé mon compas.

Qu'est-ce que tu appelles un compas ? C'est un GPS?

>> Kiki : Ca, c'est un mode de pensée masculin : les hommes ont un plan dans la tête, et les femmes prennent des repères visuels ( là, il y a une boulangerie, après, une maison avec des volets verts...). Enfin, c'est ce que révèlent les tests, c'est juste des statistiques !

C'est vrai, j'ai aussi lu des trucs dans le genre. Mais je suppose que ça veut seulement dire que les hommes ont une carte intérieure plus géographique, plus abstraite, et les femmes une carte intérieure faite de petites photos.

>> C'est intéressant de voir ce qui aurait pu fausser ton compas d'habitude efficace...

Le fait que je cherche un arbre, donc j'ai regardé partout mais fait moins attention aux repères ; que je papote avec mon frère (d'habitude quand je marche, je parle pas, ou bien je me promène tout seul) ; il y avait pas de soleil, donc j'ai pas fait gaffe au changement d'orientation ; enfin on a emprunté un chemin qui semblait dévier légèrement vers la gauche mais en réalité déviait beaucoup plus (mon frère estimait l'angle à 10°, l'angle réel sur la carte est de 45°) ; puis sur 500 mètres, il n'a pas arrêté de tourner légèrement pour se retrouver à 90° du chemin initial. Mon frère ne s'en est pas rendu compte non plus car lorsqu'arrivé au parking je lui ai donné cette explication après coup, il a dit que ce n'était pas ça. Je viens de vérifier sur la carte de rando IGN et c'est bien ce qui s'est passé. Enfin le fait que j'ai trouvé la lisière exactement où je pensais la trouver, c'est à dire à la distance correcte et juste après une colline, ce qui a fait que je ne me suis pas méfié. Mais c'était la lisière Ouest et non la lisière Nord.

Chose assez marrante, que j'ai remarqué les fois où je me suis paumé, il y a toujours des signes précurseurs. Exemple 1 : au départ de la rando, tu te dis: "Bah, le terrain est super simple, il faudrait être idiot pour se paumer ici". Exemple 2 : ici, mon frère a fait la remarque juste au départ de la promenade que quelqu'un qui ne connaît pas cette forêt pourrait se perdre facilement s'il coupait à travers bois. Plus tard, alors qu'en fait j'étais perdu sans le savoir, j'ai sorti une plaisanterie à mon frère comme quoi on venait d'être téléporté sans s'en rendre compte.

flo a dit…

J'employais le terme dans le même sens que kiki, 2 lignes plus haut

Dado a dit…

>> J'employais le terme dans le même sens que kiki, 2 lignes plus haut.

Boh la la ! :( Je suis en train de perdre tous mes neurones !

Et le pire, figurez-vous que je suis allé aujourd'hui à l'endroit où j'étais persuadé qu'il y avait deux petits ponts. J'ai parcouru la petite vallée sur toute sa longueur. Il n'y pas plus de ponts en bois que de beurre en broche ! Le pire, c'est que je me souviens exactement de la situation de l'un d'entre eux, je pourrais dessiner le décor de tête. Ca me laisse perplexe, je ne vois vraiment pas d'où je sors ce souvenir...

kikipsy a dit…

C'est un truc freudien, j'te le dis, mon p'tit... ou ptêtre lacanien, ce qui est carrément atroce !!!! oula la la la !
Courage...