jeudi, novembre 09, 2006

Ces traversées de murs qui font peur

De notre envoyé spécial Dado pour le quotidien "La Détresse du Midi".

Monsieur H. était sorti dans la rue pour promener son chien. Comme d'habitude tous les soirs. Mais ce soir n'était pas un soir comme les autres soirs. Un soir un peu sombre, entre chien et loup. C'est là qu'il l'a vu. Un homme, normal, comme vous et moi, habillé très « fashion » avec des fringues qui ne viennent certainement pas de chez « Adler » ou de « Trafic ». L'homme a jeté un coup d'oeil inquisiteur autour de lui puis s'est avancé vers le mur. L'air sûr de lui. Comme ça. Sans hésiter. Et il l'a traversé...

Il ne faut pas imaginer que l'histoire de Monsieur H. est un cas isolé. Cette situation hors du commun n'est pas aussi rare qu'on peut le croire. Dans le quartier Saint-Cyprien, à Toulouse, ce sont par dizaines que les habitants relatent ce genre de faits qui font frémir. Presque de la routine, dans les rues, dans les cours des lycées, voire au collège. Mais, sujet d'inquiétude aujourd'hui, c'est que tous ces phénomènes gagnent les cours des écoles primaires. Et même des maternelles.

Qui sont-ils ? Tout le monde et personne. Où sont-ils ? Partout et nulle part. On les appelle les « traverseurs de murs ». On les voit traîner en bande. L’école ou le travail est leur moindre souci. La méditation, le tai-chi-chuan et la nourriture bio sont souvent leur pain quotidien. Et ils se font un malin plaisir de terroriser littéralement ceux de leur âge, mais également des adultes en position de faiblesse. Ils sont forts, très forts, en groupe, et même les murs en béton armé ne les effrayent pas. Bref, ils sont non seulement intimidants, mais franchement dangereux. Et jouissent d’une impunité affolante face à l’inertie et à l’impuissance de la force publique et de la justice.

La situation devient alarmante et paradoxale. Nous avons interviewé le commissaire de police T., 45 ans, qui depuis voilà plusieurs mois, attire l'attention de ses amis de la presse sur le phénomène des traversées de murs. Chaussant ses lunettes, il brandit devant nous une dizaine de feuilles de papier. Des listes de faits quotidiens rapportés à la police. Il compte environ une dizaine de cas de traversées de murs rapportées par semaine. « La police semble être aveugle sur cet aspect de la question, nous révèle-t-il. Il y beaucoup trop de traversées de murs qui sont les résultats de la méditation, beaucoup trop. Les circonstances des traversées parlent haut et fort. »

« On avait acheté une maison, on avait quatre beaux enfants, tout allait bien, nous dit Mme G., 38 ans, habitant Bazièges. Et puis, un jour, mon fils aîné a commencé à manger des yaourts bio et s'est mis à devenir transparent. Les médecins ont diagnostiqué une hypocalcification. Trois mois plus tard, Kevin a traversé le mur de sa chambre, il avait 12 ans. » On ne l'a jamais revu. Ceux qui ont assisté une fois à ça, ceux qui ont été laissés de l'autre coté du mur, vivent alors un calvaire. Ils n'arrivent pas à faire une croix sur leur passé.

« Mais il ne faut pas être paranoïaque et penser que toutes les personnes qui s'approchent d'un mur le traversent », avertit le commissaire. De fait, selon lui, bon nombre de témoignages concernent des personnes qui sont seulement allé faire leurs besoins dans un coin sombre. Les experts scientifiques, eux, font preuve d'une prudence de Sioux. Ce qui sème le doute dans la tête des riverains et chez certains élus. « Je pense que nous avons affaire à des malades mentaux ou autres schizophrènes » nous dit le Dr Z., 54 ans, interne des hôpitaux de la région sanitaire de Toulouse.

Autre point de vue. Autre son de cloche. Nous avons interrogé Mr D., 41 ans, membre d'une de leurs bandes. « Je ne comprends pas les gens qui admettent que Jésus a marché sur l'eau, que la fontaine de Lourdes guérit, et qui refusent que nous traversions les murs. » Une situation insoutenable. N'empêche qu'aujourd'hui, c'est la psychose autour des quelques 35 000 sites où ont eu lieu des traversées de murs. Samedi soir, les riverains ont attaqué à coups de pétard le siège de la Préfecture. Ils brandissaient des pancartes : « Non aux traversées de murs ! »

Photographie : un traverseur de murs surpris en pleine action, le 9 Novembre place Marcel Aymé à Paris.

9 commentaires:

flopinette a dit…

Mwaha ! C'est comme ça que tu te venges de l'idée que je t'ai volée. En fait c'est les idées qui traversent les murs !

Dado a dit…

:D

En fait, c'est un vieil article que j'ai ressorti des tiroirs. Il date d'une guéguerre qu'il y avait eu il y a peut-être un an sur ton blog à propos de la traversée des murs. Certaines personnes avaient réagi très violemment.

Pour rigoler, j'avais fait cet article... et puis je me suis dit que c'était pas la peine d'ajouter de l'huile sur le feu.

Je suis retombé dessus aujourd'hui et j'ai trouvé qu'il était toujours aussi drôle, même si on connaît pas le contexte.

RiceRcaR a dit…

Il faudrait fomenter plus de disputes dans ce cas ;-)

l'écrivaillonnne a dit…

Dutilleul, le passe-muraille te salue bien !

flopinette a dit…

wé, des diputes !

roul a dit…

excellent...

demain les teleportation spontané
et l'anaplhabetisme chez les meditant de petit niveau ;-)...

qui critique freud en plus...

Dado a dit…

Mwahaha ! Ca c'est des sujets qui tuent ! :)))

Et bien le bonjour à Léon Dutilleul - mince il a déjà disparu à travers le mur! :(

julie70 a dit…

Mais, dado, on peut voir l'homme traverser le mur sur la butte montmartre même aujourd'hui! il ne s'est pas arrêté à le faire et j'ai même des photo des étudiantes lui touchant la main pendant la traversée pour le prouver.

Nous sommes fières de cette traversé et aussi de Aymé, qui était un bon écrivain: il faudra le lire! (nous, puique j'ai habité 23 ans la butte en haut près du traverseur.)

Dado a dit…

>> j'ai même des photo des étudiantes lui touchant la main pendant la traversée.

Ca montre finalement que tout le monde n'est pas remonté contre les "traverseurs de murs", comme le prétend l'article. ;)

Cette statue est bien marrante. J'aurais aimé la voir quand j'ai visité Paris, j'ai du passer quelques rues à coté sans savoir qu'elle existait.