samedi, novembre 04, 2006

Petit poisson deviendra-t-il grand ?

Je ne sais si cela peut répondre à flopinette. Je viens juste de recevoir un mail d'une amie contenant la copie d'un article intitulé : "Pêche. La quasi-totalité des poissons risque de disparaître des océans d'ici 2050". Je n'ai pas retrouvé l'article original mais on pourra lire la version publiée sur le Monde.

Mon amie travaille dans l'océanographie satellitaire. Son activité est d'automatiser la prédiction des courants marins pour les pêcheurs ; et donc de systématiser et d'accélérer la destruction des espèces. Elle en éprouve quelque remords...

En recevant son mail, quelque chose m'a frappé ; car c'est juste au moment où j'étais chef de projet sur un programme à vocation similaire - détecter sur les images satellite la présence de plancton et donc de bancs de poissons - que j'ai posé ma démission. Je travaillais dans une SSII où il y avait d'autres projets charmants en réserve - comme de la biométrie ou de la géolocalisation pour les armées. De manière générale (1), une SSII est à l'ingénieur ce que la plantation de coton est à l'esclave. Il n'y est pas le moins du monde question de respect d'autrui, ni de la dignité ni de la vie humaine. Enfin, toutes ces SSII étaient regroupées dans une vaste pépinière d'entreprises, auprès d'un centre commercial fréquenté, de sorte qu'il fallait compter une demi-heure d'embouteillage en s'y rendant le matin comme en partant le soir.

Etait-ce là la vie que je voulais vivre ou que j'espérais promouvoir par mes actes ? Certes non. Cela me consternait.

Franchement, je ne cherche pas à me vanter ni à encourager les autres dans la même décision. Si je vois où leur vie les mène, je ne sais pas du tout où me conduit la mienne ; sans doute nulle part. On m'a dit un jour que mon choix demandait du courage. Je ne trouve pas. Je n'ai jamais été courageux. Seulement, je ne supportais plus de travailler pour des entreprises tortionnaires, dans des conditions déplorables, en vue d'un avenir désastreux.

(1) Cette entreprise était l'exception qui confirme la règle, ses patrons comme ses employés ayant été virés comme des malpropres par d'autres SSII.

5 commentaires:

flopinette a dit…

Cela dit tu noteras que tu as quand même bossé dans cette boîte. Alors que, probablement, tu n'aurais même pas posé ta candidature pour bosser sur un chalutier, ni comme militaire. Moi-même j'ai bossé dans une SSII pendant 3 ans, et je trouvais qu'on y respectait bien plus les gens que dans l'armée (je ne suis jamais allée dans l'armée, mais j'ai eu droit à quelques récits de ceux qui y sont allés).

l'écrivaillonnne a dit…

Tu as raison, il ne s'agit pas de courage... Il y a tout simplement des évidences qui surgissent, et lorsqu'elles sont là, la question du faire ou ne pas faire ne se pose même plus... j'ai moi aussi changé de job, j'ai troqué un cabinet en libéral qui me rapportait plein de fric et un reconnaissance sociale pour un poste de prof, et, ô horreur ! de prof documentaliste, à temps partiel (le comble de la déchéance !!!!). Comme toi, les gens sont souvent surpris. Mais moi, j'ai tout bêtement suivi mes évidences... Ca m'a plutôt bien réussi...
Mais, du coup, tu travailles ailleurs ou pas ?

Dado a dit…

@ Kiki : Non, pas de nouveau boulot. Pour l'instant j'attends de savoir d'où vient le vent.

@ Flo : Les 4 premières années, je les ai passé chez le client et c'était très sympatique. Et quand tu t'engages pour bosser dans l'informatique plutôt que dans l'armée, c'est justement parce que tu espères qu'on va pas te prendre pour de la chair à canon. Par contre, les derniers mois que j'ai passé dans ma première SSII, c'était une horreur. Et c'était comme ça dans toutes les SSII avoisinantes. Dire que c'était seulement de l'irrespect est le plus gros euphémisme que je puisse imaginer.

M'enfin, la seule chose que je voulais dire dans mon article, relativement au tien, c'est que quand la situation sent le purin, on n'est pas obligé de continuer à la faire fonctionner, encore moins d'en assurer les commandes.

RiceRcaR a dit…

ca me rappelle les railleries et commentaires compassés que j'ai entendus pendant des années pour avoir postulé dans la fonction publique (je n'imaginais pas ce qui m'y attendait ;-) alors que tous mes copains de promo allaient développer des systèmes de guidage pour missiles et autre joyeuseté, pour un salaire triple... avec le magnifique argument (shadok) "si ce n'est pas moi, ce sera un autre qui le fera".
Le ton a commencé à changer il y a 4-5 ans mais j'ai perdu de vue tous les amis de l'époque... pas fréquentable.

Dado a dit…

>> Le ton a commencé à changer il y a 4-5 ans.

Oui c'est vrai, c'est à peu près à cette époque - voire même un peu avant, vers 1998 - que ça a commencé à devenir douteux, puis carrément infect il y a 4 ans, vers 2002.