dimanche, septembre 17, 2006

Connais-toi toi-même



Certaines conneries ont la vie dure. Comme le chiendent, il est impossible de les extirper de son jardin. Souvent, il suffit que leur auteur décède dans des circonstances suffisamment dramatiques pour qu'elles acquièrent un statut de respectabilité. Prenez une flèche empoisonnée dans le talon, faîtes vous calciner vivant ou clouer en haut de deux bouts de bois et soudainement vous devenez le plus sage des hommes.

« Connais-toi toi-même ». L'auteur de cette sentence avala un verre de ciguë de travers. Encore ne sait-on même pas s'il l'a jamais prononcé. Empruntée à l'inscription gravée sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes, elle ne reflète aucunement la philosophie de Socrate dont la maxime était en réalité : « La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien » - ce qui est, vous l'avez certainement remarqué, un paradoxe. Pourquoi avoir résumé Socrate dans la phrase d'un graveur inconnu ?

« Connais-toi toi-même ». La sentence ne présente aucun intérêt, si ce n'est un petit détail qui vous aura échappé : la chose est à peu près aussi impossible que se regarder le trou du cul. Je précise à l'intention des petits futés - comme il s'en trouve toujours - que si vous utilisez un miroir, vous ne voyez que l'image de votre trou du cul ; et qui essaie de se connaître lui-même n'utilisera jamais que le miroir.

Illustration : La mort de Socrate, par Jacques-Louis David, 1787.

11 commentaires:

john warsen a dit…

si le protocole expérimental n'autorise pas à mettre le doigt, il est certain que ça augmente la difficulté.

Dado a dit…

Lol! J'attendais ton commentaire au tournant ! Mais tu as un oeil au bout du doigt, toi ?

David a dit…

Donc, un certain B. West en serait capable... :D

john warsen a dit…

je m'attendais à cette réserve proctocolaire.
mon cas est spécifique : pour voir mon trou il me suffit de relire mon blog ;-)
heureusement que c'est dimanche et que les honnètes gens se reposent !

sensorie a dit…

Au risque de définitivement passer pour contrariante "Connais-toi toi même" représente à mes yeux, non pas un idéal nombriliste, mais un passage obligé pour ne pas passer à côté de sa vie, pour s'"incarner" complètement. La philosophie, c'est pas fait pour en parler. ;-)
Il m'aurait été agréable de lire les raisons qui te font dire que se connaître soi même est quasiment impossible, mais je suppose que voilà mise en pratique ta résolution de ne plus te décarcasser dans tes billets ?
Allez, s'il te plaît, courage :-)

flopinette a dit…

P'tain, la journée commence mal...
"et qui essaie de se connaître lui-même n'utilisera jamais que le miroir".
Une telle assertion montre simplement que tu n'as jamais reconnu la clarté (qui transcende le sujet et l'objet). Je sais ce que tu vas m'objecter, et je vais donc te répondre qu'en réalité la clarté ne fait que s'expérimenter elle-même et qu'il ne s'agit d'ailleurs pas d'une expérience. Se connaître soi-même, c'est évidemment connaître la nature de son esprit. Cela qui a complètement dévoilé cela accède à l'omniscience, et connaît donc l'univers et les hommes. Mais pas comme sujet voyant un objet. Comme créateur. Ce qui est bien entendu "inconcevable". Vraiment, il est dommage que ce mode ne connaissance n'exerce aucun attrait sur toi, car c'est au fond le seul valable.
Détail amusant, juste au moment où j'allais commencer à écrire cette réponse, j'ai fait tomber le miroir qui est sur mon bureau...

Dado a dit…

@ David : Lol! Qui sait, peut-être avons nous d'autres protoshoggoths parmi les lecteurs (private joke).

@ John : "pour voir mon trou il me suffit de relire mon blog ;-)"

Là tu utilises deux miroirs, celui de ton style sur ton blog et celui de la relecture. ;)

@ sensorie : réponse dans le nouvel article. :)

@ flopinette : mon objection aurait été différente. Si tu admets que je n'ai jamais reconnu la clarté, comment veux-tu que je parle d'une chose que je ne connais pas ? Ceci dit, puis-je te poser une question qu'on a du te poser déjà dix mille fois - et qui, je pense, n'a pas de réponse ? Comment sait-on qu'on est dans l'état naturel ? Si on s'en rend compte après coup, comme on a l'habitude de le faire pour tout, c'est pas bon. Ce matin, dans mon lit, cette idée m'a soudainement frappé.

flopinette a dit…

La clarté, c'est comme quand tu rêves, et d'un coup, tu sais que tu rêves. Le moment précis du déclenchement de la lucidité est un instant de clarté. Evidemment, après ça diminue, et le rêve quoique lucide n'est pas forcément clair. Mais l'instant du déclenchement l'est presque toujours.

Dado a dit…

Pfff ! C'est difficile à identifier... :/

julie70 a dit…

je me connais mieux aussi parce que j'écris depuis 62 ans déjà un journal et de temps en temps je relis des partis (j'ai publié déjà une partie sur le web),

connaitre soi aide à vivre, donne courage, permet de traverser un peu plus facilement les dures épreuves que chacun de nous vit

se cacher devant les autres (je ne la fait pas) on peut le faire à la rigeur, mais devant soi, pourquoi?

mon ex disait qu'il ne veut pas regarder en soi parce qu'il vera du noir, des choeses horribles, mais alors, d'autres peuvent utiliser ceci pour le mener par où ils le veulent!

Dado a dit…

@ Julie : il me semble que certaines personnes peuvent éprouver un certain découragement en découvrant ce qu'elles ont au fond d'elles-mêmes. Apparement, ce n'est pas ton cas. Ce que disait mon article, c'est que ce genre de connaissance est toujours superficiel mais dans le fond, il vaut mieux en effet se connaître un petit peu que pas du tout (au royaume des aveugles les borgnes sont rois, comme dit le proverbe).

>> mon ex disait qu'il ne veut pas regarder en soi parce qu'il vera du noir, des choeses horribles, mais alors, d'autres peuvent utiliser ceci pour le mener par où ils le veulent!

Cette remarque est extraordinairement juste.